CONFESSION. Avec un livre personnel marqué par le deuil et la filiation, la députée européenne réaffirme sa ligne pour tenter de se remettre dans le jeu.

Le livre s’ouvre sur un accident. Une route d’Italie, une voiture qui dérape, la peur d’un choc irréversible. Marion Maréchal aurait pu y laisser la vie. Son mari aussi. Et leur fille cadette qui devait être du voyage. Tout s’efface : la politique, les échéances, les querelles. Quand la mort frôle de si près, ne reste que l’essentiel. Quelques mois plus tôt, la jeune femme avait déjà affronté une autre disparition, celle de son grand-père, Jean-Marie Le Pen. C’est dans cet étau que naît Si tu te sens Le Pen, publié chez Fayard. Un livre écrit non pour convaincre ni reconquérir, mais pour transmettre. Et, peut-être, pour solder une histoire dont elle n’avait jamais vraiment parlé.
L’injonction du « Menhir »
Une histoire qui commence avec Jean-Marie Le Pen. Dans ces pages, Marion Maréchal publie pour la première fois la lettre que son grand-père lui adresse en mars 2012, alors qu’elle hésite à se lancer en politique dans la 3e circonscription de Vaucluse. « Si tu te sens Le Pen », lui écrit-il – une phrase qui résonne à la fois comme une provocation affectueuse et un défi. Elle suivra l’injonction du « Menhir ». Le 7 janvier 2025, jour de la disparition du patriarche, elle y fait publiquement référence : « Daddy, la mission que tu m’as confiée il y a treize ans, je ne l’ai pas oubliée. » Mais il lui fallait la coucher sur le papier. Pour fixer ce fil invisible qui la relie à sa lignée, et dire ce que signifie, en 2026 encore, de porter ce nom.
Elle commence à écrire après les européennes de 2024, sans prévenir personne. Ni éditeur ni conseiller littéraire : des pages noircies le soir, dans le silence de son bureau, ou pendant les vacances. « Je suis d’un tempérament plutôt pudique et réservé, il n’y avait sans doute qu’à l’écrit que je pouvais confier certaines choses, confie Marion Maréchal au JDD. Que ce soit sur ma famille, mes choix, mes convictions, j’ai voulu répondre à toutes ces questions que les Français me posent souvent. »
On la découvre vulnérable, tentant d’arracher à l’écriture ce qu’elle n’a jamais vraiment laissé paraître : la gêne d’avoir été renvoyée de son job de serveuse car elle est « la petite-fille de » ; la blessure de s’être vu refuser la réserve militaire opérationnelle en 2016, comme si son nom disqualifiait jusqu’à son désir de servir son pays ; la révélation à son insu dans la presse de l’identité de son père biologique, et la nécessité douloureuse d’accepter qu’elle fût un « accident ».
Sous le récit affleure une ligne politique claire
Le nom Le Pen n’apparaît plus comme un capital politique, mais comme un fardeau intime. Ce dévoilement n’a pourtant rien d’un renoncement. Bien au contraire. Sous le récit affleure une ligne politique claire, un fil rouge doctrinal. Marion Maréchal y réaffirme la centralité du combat civilisationnel, la nécessité de défendre l’Occident, et cette articulation singulière entre libéralisme et conservatisme qu’elle assume, consciente qu’elle demeure mal comprise, tant par la droite classique que par certains segments du RN. « Par filiation personnelle tout autant que politique, je ne peux que me sentir inscrite dans l’histoire de ces 50 ans de combat du camp national », assume la présidente d’Identité-Libertés. Le livre n’est donc ni un règlement de comptes ni un exercice de nostalgie : l’intime y forge la légitimité, la politique lui donne sa forme.
Pourquoi maintenant ? Parce que le moment politique est décisif. Marion Maréchal veut exister dans cet espace mouvant, entre un RN triomphant, une droite LR fragmentée, et Reconquête, avec lequel les relations restent distendues. Son entourage le rappelle volontiers : elle demeure l’une des personnalités politiques les mieux installées dans l’opinion. Troisième personnalité politique préférée des Français dans le dernier Top 50 du JDD, derrière Jordan Bardella et Marine Le Pen, elle cumule déjà quinze années de vie publique. Une figure singulière, à la fois ancienne et encore jeune, dans un paysage politique où les trajectoires se brisent souvent plus vite qu’elles ne se construisent.

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