Le 13 février 1912, un empire millénaire s’effondre dans le fracas des révolutions.
La Chine tourne la page impériale et entre, non sans chaos, dans l’ère républicaine.
La fin d’un empire tricentenaire
Le 13 février 1912 marque une date capitale dans l’histoire asiatique. Ce jour-là , Puyi, âgé de six ans, abdique officiellement, mettant un terme à la dynastie mandchoue des Qing et à plus de deux mille ans d’empire en Chine.
Né en 1906, le jeune souverain est monté sur le trône en décembre 1908, à seulement deux ans et demi.
Son accession est décidée par l’impératrice douairière Cixi, figure dominante de la fin du régime, alors à l’article de la mort.
La dynastie Qing, fondée en 1644 après la chute des Ming, était l’œuvre d’un peuple venu du nord-est asiatique : les Mandchous.
Sous les règnes de Kangxi, Yongzheng et Qianlong, l’empire connaît au XVIIIe siècle son apogée territorial et politique.
Mais le XIXe siècle ouvre une période de déclin continu. Les guerres de l’opium, déclenchées après que la Grande-Bretagne eut massivement exporté de l’opium pour équilibrer son commerce du thé et de la soie, affaiblissent durablement la Chine.
La première guerre de l’Opium, en 1840, révèle la vulnérabilité militaire du régime. Les révoltes internes, notamment dans le sud du pays, accentuent la désagrégation de l’autorité impériale.
L’ingérence des puissances occidentales coïncide avec cet affaiblissement structurel. La richesse du pays s’érode, la stabilité politique vacille.
En 1911, la révolution éclate. Le régime impérial est renversé. Un régime républicain est proclamé.
Quatre ans après son intronisation, Puyi est contraint d’abdiquer. La Chine remplace l’empereur par un président.
Puyi, empereur sans empire
Si l’abdication est actée en février 1912, la rupture n’est pas immédiate dans les faits. Le jeune souverain continue de résider dans la Cité interdite, à Pékin.
Il y vit encore plusieurs années, entouré de ses épouses et de ses eunuques. Les nouveaux dirigeants républicains hésitent à effacer totalement les symboles impériaux.
Dans l’anarchie des débuts de la République, généraux et politiciens se disputent le pouvoir. Certains envisagent l’ancienne dynastie comme une solution de repli en cas d’échec du régime nouveau.
En juillet 1917, Puyi est brièvement rétabli sur le trône pendant douze jours. Cette restauration éphémère illustre l’instabilité politique du pays.
Mais en 1924, un seigneur de la guerre le chasse définitivement de la Cité interdite. Le dernier empereur se réfugie alors dans la concession japonaise de Tianjin.
Son destin bascule à nouveau en 1931 lorsque le Japon attaque la Chine. Les autorités japonaises prennent le contrôle de la Mandchourie.
Le 1er mars 1932, elles proclament l’État du Mandchoukouo. Puyi en devient le dirigeant, puis reçoit le titre d’empereur de ce territoire sous contrôle japonais.
Installé à Moukden, capitale régionale, il règne sur un pseudo-État. Son rôle reste étroitement encadré par Tokyo.
De la captivité à la « rééducation »
La Seconde Guerre mondiale scelle un nouveau tournant. Après la défaite du Japon en 1945, Puyi est capturé par les Soviétiques.
Ces derniers le remettent ensuite aux nouveaux dirigeants communistes chinois. Le dernier représentant de la dynastie mandchoue entre alors dans une longue période de détention.
Pendant dix ans, il subit une « rééducation » politique. Le régime communiste entend faire de l’ancien empereur un symbole transformé.
À l’issue de cette période, Puyi mène une existence discrète. Il travaille comme employé de bureau durant la Révolution culturelle.
Son parcours, de la Cité interdite aux bureaux d’un régime révolutionnaire, illustre l’ampleur du bouleversement chinois au XXe siècle.
Son histoire inspire le cinéma. Le réalisateur Bernardo Bertolucci lui consacre le film Le Dernier Empereur, fresque consacrée à ce destin hors norme.
La figure de Cixi, elle, demeure au centre de nombreux ouvrages historiques, dont le roman de Pearl Buck, Impératrice de Chine.
Le 13 février 1912 reste donc une date charnière. Elle symbolise la fin d’un monde impérial et l’entrée de la Chine dans une modernité tumultueuse.
Entre déclin interne, pressions extérieures et luttes de pouvoir, la chute de l’empire mandchou révèle une leçon universelle :
aucune civilisation n’est éternelle lorsque l’autorité vacille et que la souveraineté s’effrite.
La République de Chine naît dans la promesse du renouveau. Mais elle s’ouvre aussi sur des décennies d’instabilité, de divisions et de conflits.
L’abdication de Puyi ne fut pas seulement celle d’un enfant de six ans. Elle fut la fin officielle d’un système politique vieux de plusieurs siècles.
Un basculement historique majeur, dont les conséquences structurent encore la Chine contemporaine.


















