La Nouvelle-Calédonie traverse l’une des crises les plus graves de son histoire récente.
Pendant que les commerces ferment et que les familles serrent les dents, le gouvernement lance… une étude.
Une société fragilisée depuis mai 2024
Depuis les événements du 13 mai 2024, la Nouvelle-Calédonie subit un choc économique et social majeur. Les chiffres publiés par l’ISEE et l’IEOM ont confirmé la contraction de l’activité, une baisse de la consommation et une montée des fragilités sociales.
La précarité ne se lit plus seulement dans les tableaux statistiques : elle se constate dans les rayons des supermarchés, dans la baisse du pouvoir d’achat, dans les rideaux métalliques baissés des petits commerces.
Dans ce contexte, le gouvernement présidé par Alcide Ponga annonce, ce jeudi 12 février, le lancement d’une étude stratégique visant à structurer et développer l’économie sociale et solidaire (ESS).
L’exécutif justifie cette démarche par la nécessité de renforcer un secteur présenté comme un levier de résilience et de cohésion sociale.
Selon le communiqué officiel, cette étude doit permettre d’« accompagner la structuration et le développement de l’ESS sur le territoire » et s’inscrit dans le prolongement des lois du pays adoptées en 2025, qui ont défini et reconnu l’économie sociale et solidaire en Nouvelle-Calédonie.
Le gouvernement rappelle également que cette initiative entre dans le cadre du pacte de refondation économique.
Un élément est toutefois mis en avant : l’étude est financée par l’Agence française de développement (AFD), et non par le contribuable calédonien.
Une énième étude face à une crise déjà documentée ?
Officiellement, la mission poursuivra trois objectifs précis :
– consolider la connaissance et le suivi du secteur à partir des travaux existants ;
– élaborer un plan d’actions stratégique autour du plaidoyer, de l’appui technique, du financement et du développement de l’écosystème ;
– préparer la mise en dynamique de la politique publique de l’ESS par la mobilisation des financements et le renforcement de la coordination des acteurs.
La mission sera pilotée par la Direction des entreprises, de la consommation, de l’attractivité et des télécommunications (DECAT) et associera les institutions concernées ainsi que les acteurs du secteur.
Sur le papier, l’architecture est claire.
Mais une question demeure : la situation économique et sociale nécessite-t-elle encore un diagnostic supplémentaire ?
Depuis mai 2024, les données produites par les organismes officiels ISEE, IEOM ont déjà établi la réalité du choc. Les indicateurs sont connus, les fragilités identifiées, les secteurs en tension clairement recensés.
Plusieurs travaux récents, évoqués dans le communiqué gouvernemental, ont eux-mêmes conclu à la nécessité de « dépasser la phase de diagnostic ».
Dès lors, pourquoi revenir à une étape d’étude stratégique ?
L’exécutif défend une approche méthodique. Mais sur le terrain, nombre d’acteurs économiques attendent d’abord des décisions concrètes : simplification administrative, relance ciblée, soutien direct à l’activité productive.
Dans une économie sous tension, le temps administratif n’est pas toujours celui de l’urgence sociale.
ESS : levier structurant ou priorité mal calibrée ?
L’économie sociale et solidaire regroupe associations, coopératives, mutuelles et structures à finalité sociale. Elle repose sur des principes d’utilité collective, de gouvernance démocratique et de réinvestissement des excédents.
Le gouvernement souligne que l’ESS peut constituer un moteur d’innovation sociale et un outil de développement équilibré du territoire.
Sur le plan juridique, les lois du pays adoptées en 2025 ont posé un cadre de reconnaissance formelle du secteur.
L’étude annoncée vise désormais à définir un « cadre stratégique durable » et à formuler des préconisations adaptées aux capacités institutionnelles et budgétaires de la Nouvelle-Calédonie.
Autrement dit : structurer, coordonner, planifier.
La démarche n’est pas isolée. Dans de nombreux territoires ultramarins, l’ESS est présentée comme un levier de résilience face aux chocs économiques.
Reste une interrogation de fond : dans une économie fragilisée, la priorité doit-elle aller à la planification sectorielle ou à la relance globale de la production et de l’investissement ?
Le gouvernement affirme vouloir soutenir
un secteur porteur d’innovation sociale, d’utilité collective et d’opportunités économiques.
Le débat porte moins sur la légitimité de l’ESS que sur l’ordre des priorités.
Dans une Nouvelle-Calédonie éprouvée depuis mai 2024, beaucoup attendent des signaux forts en faveur de la stabilité, de l’activité marchande et de la confiance des investisseurs.
Le financement par l’AFD évite un impact direct sur le budget local. C’est un point à souligner.
Mais l’enjeu dépasse la question du financement : il touche à la capacité de l’exécutif à transformer rapidement les diagnostics en décisions opérationnelles.
Face à une société « à genoux » selon de nombreux observateurs économiques, la multiplication des études peut apparaître comme une réponse technocratique à une crise bien réelle.
Les faits sont établis. Les chiffres sont publics. Les difficultés sont visibles.
La question politique est désormais simple : analyse supplémentaire ou action immédiate ?


















